L’embranchement ferroviaire du silo Novagrain

Parmi les installations ferroviaires historiquement présentes à la gare de Sézanne figurait un embranchement particulier desservant les installations de collecte céréalière aujourd’hui exploitées par la coopérative agricole Novagrain. Cet embranchement permettait le chargement de trains de céréales issus du bassin agricole du Sézannais. Situé au cœur d’un territoire de grandes cultures, le site de Sézanne constituait historiquement un point logistique important pour l’expédition des productions agricoles vers les grands axes ferroviaires et les ports d’exportation. La coopérative Novagrain organise aujourd’hui la collecte céréalière sur un réseau de silos répartis dans le sud-ouest marnais. L’ensemble représente environ 210 000 tonnes de céréales collectées auprès de plusieurs centaines d’agriculteurs adhérents. Historiquement, le site de Sézanne constituait également un point d’expédition ferroviaire (les estimations disponibles indiquent qu’environ 25 000 tonnes de céréales pouvaient y être chargées).

Le trafic ferroviaire au départ de cet embranchement s’interrompt toutefois en 2014, dans un contexte où la ligne Oiry – Esternay elle-même est menacée de fermeture en raison de l’état de son infrastructure. Afin d’éviter la disparition de la ligne, un programme de remise en état est engagé quelques années plus tard. La ligne est finalement remise en service pour le fret en 2018. Depuis lors, l’embranchement ferroviaire du silo de Sézanne n’est plus utilisé. Pourtant, dans le cadre de la politique nationale de report modal, l’État et SNCF Réseau soutiennent financièrement la création ou la réhabilitation d’installations terminales embranchées. Ces dispositifs peuvent couvrir une part importante des investissements nécessaires, parfois jusqu’à 40 à 60 % du coût des infrastructures, afin d’encourager les chargeurs industriels et agricoles à recourir davantage au transport ferroviaire. Cette situation apparaît d’autant plus singulière que la ligne Oiry – Esternay continue d’être exploitée pour le transport de céréales, notamment depuis le site d’Esternay, et qu’elle a fait l’objet d’importants investissements publics destinés à maintenir l’activité ferroviaire. Dans un bassin agricole produisant plusieurs dizaines de milliers de tonnes de céréales susceptibles d’être expédiées par rail, cette situation met en évidence un décalage entre l’existence de l’infrastructure ferroviaire et l’organisation actuelle des flux logistiques.